Riedel Research Group Office
Là où la Terre garde le temps.Le site repose sur le mélange franciscain, une mémoire tectonique inscrite directement dans les strates du terrain. L’entreprise du client opère à travers quinze pays et évolue dans un cycle d’activité continu. Au-dessus d’elle, le bosquet de chênes existe depuis des siècles. Trois systèmes, trois temporalités distinctes, et un bâtiment discret chargé de les mettre en relation.
Surface : ~200 m²
Année : 2007
Localisation : California, USA
Équipe de projet : Peter Jahnke, Eric Meglasson, Keith Ballantyne
La coupe
La méthodologie de conception puise son origine dans la géologie: la coupe comme outil de révélation. À l’image d’une tranchée routière traversant une colline et exposant, sur une seule surface, des millions d’années d’histoire stratifiée, le bâtiment a été pensé comme une succession de coupes précises à travers les différentes strates d’expérience du site. Chaque section s’aligne sur un élément identifié par l’analyse: le bosquet, le chêne solitaire, la silhouette lointaine du mont Tamalpais, le parcours de circulation. Le bâtiment ne s’impose pas au terrain; il en révèle les qualités cachées. Chaque coupe compose une relation spécifique au lieu, offrant une vue maîtrisée, une lumière particulière et une manière mesurée d’habiter le paysage.
Fixtures, pas mobilier
L’intérieur prolonge la même logique de précision et d’attention au contexte. Les éléments intégrés, qu’il s’agisse de l’escalier et du rangement, de la lumière et de l’assise, ou encore de la circulation et du stockage, sont conçus comme des dispositifs permanents de l’espace. Architecture et mobilier s’y confondent pour former un seul système continu.
Des surfaces de bois chaleureux enveloppent les espaces intérieurs, tandis que le verre ouvre chaque pièce sur la relation spécifique au site qui lui est destinée. Il en résulte un bâtiment compact d’une grande densité spatiale: deux postes de travail, un espace de détente, une kitchenette, une chambre d’amis et une cour, chacun trouvant sa propre temporalité au fil de la journée de travail.
Un pont entre les échelles de temps
Ce qui rend ce projet fondateur, c’est la question fondamentale qu’il ose poser: un bâtiment peut-il rendre le temps perceptible ? Les fluctuations des marchés financiers mondiaux, les cycles saisonniers du climat californien et le mouvement lent des plaques tectoniques sont autant de systèmes dynamiques, mesurables et actifs sur cette colline du comté de Marin. Le Riedel Research Office a été imaginé comme un lieu capable de faire émerger simultanément ces différentes temporalités. Bien que jamais construit, le projet demeure une déclaration d’intention, l’une des expressions les plus précoces d’une architecture fondée sur la recherche, attentive aux caractéristiques du lieu et précisément ajustée aux usages et aux vies qu’elle devait accueillir.